
BLEU-MARINE
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BAIE D'AUTHIE
Lutte contre
l'érosion
Qu'en est-il du phénomène d'érosion en baie d'Authie ? Hier, une bonne vingtaine d'élus, techniciens, chargés d'études et spécialistes étrangers ont fait le point sur cette question, à l'occasion
d'une visite commentée sur le site.
Des Sternes berckoises à l'embouchure de l'Authie à Groffliers, il y a bien deux heures de balade. Et c'est à peu près le temps qu'ont mis hier les participants du Forum Manche - Mer de Nord pour rejoindre les points. Grande conférence réunissant scientifiques, politiques, administratifs et membres de la société civile, ce forum, placé sous l'égide du Conservatoire du littoral, a vu depuis mardi la participation d'acteurs de la préservation de l'environnement issus des zones côtières du Pas-de-Calais, de la Picardie, d'Angleterre, de Belgique et des Pays-Bas.
« Inquiétant »
Le but de l'opération, qui a lieu tous les ans et a débuté, pour trois jours, mardi, dans le Boulonnais, est de « favoriser les échanges entre le monde de la connaissance de l'environnement littoral, marin et l'ensemble acteurs de la région maritime Manche - mer du Nord ». Il s'agit in fine de trouver des solutions concrètes aux différents problèmes touchant les zones côtières. Et notamment l'érosion. « C'est inquiétant », soulignait hier matin Jean-Marie Krajewski, maire de Berck et président de la communauté de communes Opale Sud (CCOS). « On s'est parfois retrouvé avec une partie de nos champs inondée par l'eau de la mer », témoignait pour sa part Claude Vilcot, vice-président de la CCOS et premier magistrat de Groffliers, la commune du Montreuillois la plus touchée par le phénomène. « De 1935 à nos jours, à certains endroits de la rive nord de l'Authie (côté Groffliers ndlr), la mer a avancé de plusieurs centaines de mètres », a fait ainsi remarquer, carte à l'appui, Étienne Dubaille, chargé de mission par le Conservatoire du littoral. L'érosion en baie d'Authie s'explique, pour résumer, par la poussée (destructrice) des flux sortants de l'Authie sur la zone côtière, consécutivement à l'accumulation de diverses alluvions dans la baie.
Hier matin, c'est logiquement Étienne Dubaille qui encadrait cette visite - promenade, qui s'est poursuivie en fin de matinée par un débriefing à la salle Duhamel de Groffliers, et s'est achevée dans l'après-midi par une visite de travaux de restauration écologique du polder de la baie, toujours sur la commune de Groffliers. « Tout le monde a pris conscience de l'ampleur du problème dans la baie. C'est déjà une bonne chose, ajoutait Claude Vilcot. Maintenant, il y aura des travaux à réaliser... qui pourraient approcher le million d’euros. » D'où la nécessité d'associer dans la réflexion un maximum d'intervenants différents : État, Europe, communes, communauté de communes... En ce qui concerne la baie d'Authie, une étude dira pour fin 2009 quelles orientations prendre en matière de travaux. Ensuite, une étude d'impact devra confirmer la faisabilité et l'efficacité des solutions. En étant optimiste, rien de conséquent ne se fera avant le courant de l'année 2010.
« Dégâts »des touristes
« On a quand même pris des mesures d'urgence », insiste le maire de Groffliers, invoquant la pose de ganivelles en baie, financée par Opale Sud. Reste qu'apparemment, la solution miracle n'existe pas. La grande difficulté, que tout le monde trouve son compte : État et Europe, parfois trop protecteurs, mais aussi la population locale (les chasseurs par exemple) et extra-locale pour ainsi dire, comme les touristes. « Ils peuvent faire des dégâts considérables, souligne à ce titre Claude Vilcot. Un spécialiste me disait la dernière fois que des gamins qui faisaient de la luge dans les dunes durant une après-midi, en creusant un sillon dans le massif et donc créant un vrai boulevard pour le vent, détruisait le travail d'une année de préservation de l'environnement. Comme tout le monde, j'ai eu du mal à le croire. Mais on me l'a bien vite démontré par A plus B. » La cohabitation entre activité touristique, poumon économique de la baie, et la préservation du site : un sujet à débattre sérieusement pour les membres du forum, l'année prochaine ? •
DAVID SAGOT - La Voix du Nord
A SUIVRE ...
Le cordon dunaire, sa formation... mais aussi sa fragilité inquiétante !
Guillaume Smal, animateur d'Eden 62, était un peu surpris du monde qui l'attendait mercredi matin sur le parking des Sternes. Une trentaine d'adultes et une dizaine d'enfants étaient venus participer à la sortie sur le thème de « l'évolution du cordon dunaire ». Thème de circonstance après les événements dramatiques en Vendée et en Charente-Maritime. C'est pour essayer de trouver des réponses à leurs inquiétudes que certaines personnes avaient souhaité participer à cette sortie.
Le cordon dunaire est un bouclier contre la mer dans le secteur de la baie d'Authie. Mais quand on connaît les problèmes d'érosion actuels et le questionnement sur les moyens à mettre en œuvre par la communauté de communes Opale Sud mais aussi par l'État, leur interrogation est légitime. Plusieurs participants étaient des habitants de Groffliers, se sentant concernés en droite ligne par le problème.
En longeant le bord de mer, en direction du Bec du Perroquet, Guillaume a pu montrer la dune embryonnaire issue de la laisse de mer. « Les épis en bois de la "piscine" permettent le rehaussement de la plage et cassent la force des vagues », a-t-il notamment expliqué.
Une dizaine de mètres de large seulement
Un peu plus au loin, on voyait très nettement l'érosion de la dune et la forêt de pins tombant sur la plage. Il s'agit du point le plus sensible de la côte et il fait l'objet des études actuelles. « C'est un cordon large de seulement une dizaine de mètres avant de redescendre dans la mollière », expliquait un habitant de Groffliers.
Sur la fragile dune blanche, tranchée au couteau par la mer lors de la dernière tempête, est actuellement en cours une opération de plantation d'oyats.
Cette plante résiste à la sécheresse et à l'ensevelissement. Elle freine aussi le déplacement de la dune mais ne supporte pas d'être piétinée, d'où des palissades de châtaignier pour empêcher les intrusions.
Le petit sentier dunaire géré par le syndicat mixte Eden 62 mène ensuite sur la dune grise balayée par les vents. C'est là le domaine du tortulat, une mousse qui redevient verte quand il pleut.
« Le sable est gris car il est mélangé à du terreau produit par les oyats en décomposition, explique Guillaume. C'est le domaine du canard tadorne, qui nidifie dans les galeries des lapins de garenne en compagnie de scarabées bousiers. » La dune arbustive - ou à fourrés - est le stade suivant, avec ses argousiers épineux. C'est le repère des grives. Puis enfin, il y la dune boisée plantée de pins maritimes, de bouleaux et d'iris fétides... Le lieu privilégié des chevreuils, sangliers et chouettes hulottes.
Si les participants à la sortie n'ont pas eu de réponses à leurs légitimes questions sur les dangers de la mer, ils ont pris conscience de la complexité de l'ensemble fragilisé par l'érosion, les vents, mais aussi le passage de l'homme. Maître d'œuvre sur le sentier dunaire des Sternes, Eden 62 en est conscient et réfléchit à un nouveau tracé tenant justement compte de la problématique de la lutte contre l'érosion.
• JEAN-CLAUDE RICART (CLP) VDN
BAIE D'AUTHIE (2) Balade printanière entre les foraines d'Authie.
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